Avenir du syndicalisme

Publié le par Rudi Dutschke

Etant donné la crise actuelle du syndicalisme, le centenaire de la Charte d'Amiens prend une signification particulière. Cette Charte, adoptée par la CGT en 1906, affirmait les bases d'un véritable syndicalisme, indépendant du patronat, des états et des partis, et luttant à la fois pour atténuer immédiatement l'exploitation, et pour en finir avec l'exploitation (avec l'objectif de l'abolition du travail salarié).

C'est également le centenaire de l'ouvrage "Grève de masse, partis et syndicats" de Rosa Luxemburg, qui affirmait l'utilité de la grève générale, et rejetait la bureaucratisation des syndicats et leurs dirigeants permanents (il faut aussi ajouter qu'à son époque, les syndicats allemands étaient dirigés par l'aile droite du SPD - il leur manquait donc à la fois l'indépendance et la radicalité, ce qui va très souvent ensemble).

L'avenir du syndicalisme passe par le fait d'en finir avec tous les patrons, y compris ceux des appareils syndicaux.

La perspective est de reconstruire de vrais syndicats de lutte, unifiés, indépendants, qui militent pour l'émancipation et la gestion des luttes par les travailleurs eux-mêmes.

 

 

Le texte de la Charte d'Amiens :

Le Congrès confédéral d’Amiens confirme l’article 2 constitutif de la CGT : "La CGT groupe, en dehors de toute école politique, tous les travailleurs conscients de la lutte à mener pour la disparition du salariat et du patronat." Le Congrès considère que cette déclaration est une reconnaissance de la lutte de classe, qui oppose sur le terrain économique, les travailleurs en révolte contre toutes les formes d’exploitation et d’oppression, tant matérielles que morales, mises en oeuvre par la classe capitaliste contre la classe ouvrière. Le Congrès précise par les points suivants, cette affirmation théorique.

Dans l’oeuvre revendicative quotidienne, le syndicat poursuit la coordination des efforts ouvriers, l’accroissement du mieux-être des travailleurs par la réalisation d’améliorations immédiates, telles que la diminution des heures de travail, l’augmentation des salaires, etc. Mais cette besogne n’est qu’un côté de l’oeuvre du syndicalisme : il prépare l’émancipation intégrale qui ne peut se réaliser que par l’expropriation capitaliste ; il préconise comme moyen d’action la grève générale et il considère que le syndicat, aujourd’hui groupement de résistance, sera, dans l’avenir, le groupement de production et de répartition, base de réorganisation sociale.

Le Congrès déclare que cette double besogne, quotidienne et d’avenir, découle de la situation de salariés qui pèse sur la classe ouvrière et qui fait à tous les travailleurs, quelles que soient leurs opinions où leurs tendances politiques ou philosophiques, un devoir d’appartenir au groupement essentiel qu’est le syndicat. Comme conséquence, en ce qui concerne les individus, le Congrès affirme l’entière liberté pour le syndiqué de participer, en dehors du groupement corporatif, à telles formes de lutte correspondant à sa conception philosophique ou politique, se bornant à lui demander, en réciprocité, de ne pas introduire dans le syndicat les opinions qu’il professe au dehors. En ce qui concerne les organisations, le Congrès déclare qu’afin que le syndicalisme atteigne son maximum d’effet, l’action économique doit s’exercer directement contre le patronat, les organisations confédérées n’ayant pas, en tant que groupements syndicaux, à se préoccuper des partis et des sectes qui, en dehors et à côté, peuvent poursuivre, en toute liberté, la transformation sociale.


Adopté par le neuvième congrès de la CGT (octobre 1906), par 830 voix pour, 8 contre et 1 abstention. 

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